Les neiges du Kilimadjaro
Dans le quartier de l'Estaque à Marseille, Michel vient de perdre son travail de soudeur sur les chantiers navals, lors d'un plan social organisé entre le patronat et le syndicat dont il est le fidèle représentant. Retraité heureux ou chômeur désabusé, Michel vit comme il peut de son nouveau statut. Mais tout ne va pas si mal, dans le monde de Michel, heureux en ménage avec Marie-Claire, des petits enfants, des économies certes maigres mais présentes, et un beau frère grande-gueule mais attachant. Marie-Claire et lui, c'est une histoire vieille de 30 ans. Pour fêter leurs noces de perles (donc 30 ans de mariage), leurs amis leur offrent un voyage, un tout premier voyage, au pied du Kilimandjaro, en hommage à la chanson sur laquelle ils sont se aimés, des années plus tôt. Mais voilà dans la vie tout ne peut pas toujours aller bien. Michel et Marie-Claire se font braquer chez eux la totalité de leurs biens par deux hommes cagoulés et armés. Lorsque Michel apprend que l'un des voleurs est un ouvrier, tout comme eux, toutes ses convictions sont bouleversées…
Trente ans de cinéma et dix-sept films à son actif, le grand mais si discret Robert Guédiguian nous revient en force pour son dernier opus en date. Après le temps des débats, le temps des amours, le temps de la lutte, vient celui de l'apaisement, car c'est un Guédiguian serein et toujours aussi lucide qu'on découvre dans ce film. Après une pause de deux films hors de son quartier général, il revient enfin à Marseille et s'entoure de sa grande famille d'acteurs, Darroussin, Ascaride (Madame Guédiguian) et Meylan, enfin, Marie-Jo et ses deux amants si vous préférez. Le film comporte deux références, «les pauvres gens» poème de Victor Hugo, dont est très librement inspiré le film et la très célèbre chanson «les neiges du kilimandjaro», de Pascal Danel, dont je n'ai pas résisté à vous mettre un extrait plus bas. Guédiguian est un conteur, il l'affirme, mais un conteur d'une lucidité rare, engagé et militant, il est au plus près de l'homme, du travailleur, il sait créer à partir des fractures du monde ouvrier des brèches qui fendent le cœur des bourgeois. Lors de sa présentation à Cannes, le film n'a certes pas eu de prix, mais quand même, une standing ovation de 15 minutes. Ça vous tente d'essayer de venir battre le record au Bellevaux?

